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Guadeloupe : réglementation de la pêche maritime professionnelle portant interdiction, en particulier, du filet trémail

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Mesure-phare de l’arrêté n° 2025-271 du 3 juillet 2025 portant réglementation de la pêche maritime professionnelle en Guadeloupe, l’interdiction du filet trémail constitue une évolution importante des pratiques de pêche en Guadeloupe.

Dans le sillage de la Martinique qui a franchi le cap en interdisant le filet trémail depuis le 1er avril 2020, le préfet de la région Guadeloupe interdit à son tour, à compter du 3 janvier 2026, la détention ou l’utilisation à bord des navires de pêche professionnelle dudit filet, abrogeant l’arrêté du 19 août 2002 portant réglementation de l’exercice de la pêche côtière dans les eaux du Département de la Guadeloupe.

Un trémail est constitué de trois nappes de filet, dont deux nappes externes à grandes mailles et une nappe interne à plus petites mailles, en vue de piéger les poissons par emmêlement. Compte tenu de l’étroitesse de ses mailles, ce filet utilisé pour la pêche côtière est peu sélectif, ce qui engendre des captures accidentelles, notamment d’espèces protégées (tortues, raies…), et met à terme en péril la ressource marine et la nurserie que forment les coraux pour bon nombre de poissons (V. C. Verger, Guadeloupe : le filet trémail interdit dès janvier pour sauver tortues et coraux, France Antilles, 13 novembre 2025).

Cette avancée, qui s’inscrit dans une démarche plus large de gestion durable des ressources halieutiques et de préservation des écosystèmes marins, a été majoritairement saluée par le public consulté en amont de l’édiction de l’arrêté. 

Elle a toutefois également été fortement critiquée par une partie des marins-pêcheurs professionnels en dépit du délai de 6 mois prévu pour une transition voulue en douceur afin d’écouler leurs stocks ou amortir le matériel déjà acquis. Ainsi, plusieurs organisations syndicales ont saisi le tribunal administratif de la Guadeloupe pour obtenir la suspension de l’arrêté en cause en raison de l’atteinte à leur outil de travail et de la menace qu’il fait peser sur leur activité économique. Sans succès néanmoins. Le tribunal, statuant en référé dans un jugement n° 2500687 du 23 juillet 2025, est en effet resté sourd à leurs préoccupations, à défaut pour les arguments des syndicats de « créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige ». 

A côté de l’interdiction du filet trémail, l’arrêté du 3 juillet 2025 comporte d’autres mesures visant à règlementer « la pêche professionnelle (destinée à une exploitation commerciale) des animaux et des végétaux marins, exercée à partir d’un navire, en plongée sous-marine ou à pied, depuis la limite de salure des eaux jusqu’à la limite de la zone économique exclusive (ZEE) française située au large de l’archipel de la Guadeloupe » : 

  • liste des autorisations nécessaires à l’exercice de la pêche et obligations déclaratives relatives aux captures, au transbordement et à la pesée au retour de mer ; 

  • définition des zones de pêche interdites, singulièrement dans la réserve de pêche des îlets Pigeon à Malendure et des zones dites de « cantonnement » partiellement ou momentanément interdites ; 

  • interdiction de barrer les cours d’eau par des engins de pêche, de même que de troubler les autres pêcheurs ou d’endommager leur matériel ; 

  • réglementation des engins ou techniques de pêche tels que les filets maillants plus sélectifs des espèces cibles, les folles à lambi, les sennes-filets encerclant, les cages, viviers, nasses ou casiers et les « DCP ancrés » (dispositifs de concentration des poissons), autorisés à la différence des DCP dits « dérivants » ; 

  • fixation des périodes de pêche et de mesures relatives à la conservation des espèces (taille minimale de capture notamment).

Est également rappelée l’interdiction, en tout temps et en tous lieux, de pêche, de colportage, de mutilation, de conservation, de vente ou d’achat de certaines espèces, vivantes ou mortes, comme les tortues marines, les coraux, gorgones et éponges, les algues et autres végétaux marins, les poissons d’ornement, les mammifères marins, les raies manta et mobula, certaines espèces de requins et les poissons-scie, les hippocampes et syngnathes, les étoiles de mer, les ophiures et la plupart des oursins, ou encore les poissons vénéneux.. 

Zone(s) géographique(s) :
Date :
03/07/2025
Type d'actualité :
Juridique